Un poids invisible la
Déhanche la jette
Sur la droite
Telle un oiseau fusillé
Traînant la patte
Dans la poussière
Du terrain d’épandage
Dont l’odeur est ronde
Comme une orange flétrie
D’une main sèche et luisante
Elle relève le gris de
Ses cheveux découvre son
Front lisse ses sourcils
Epais et ses yeux
Transparents comme des gouttes
D’eau
Elle s’arrête saisie
D’un long frémissement
A mesure que l’insecte
Caparaçonné creuse et creuse encore
Son chemin
Au fond de son ventre
Lui triture les entrailles
Lui arrache de petits cris
Et la fait jouir à se
Pisser dessus
Ensuite elle sourit regarde à
Ses pieds la terre s’as-
Sombrir sans prêter
Une seconde de son souffle
Aux piaillements qui
Meurent derrière le dos
Fumant de la colline
Survolée par des mouettes
Sales
Ma plume sur la Commode
mardi 7 mai 2013
Une journée radieuse
mercredi 17 avril 2013
L'éternelle surprise
Ce n’est pas la rumeur
Craintive des animaux de la nuit
Ce n’est pas la voix de la brise
Dans les arbres
Ce n’est pas le grondement des
Eaux
Du torrent tout proche ce
N’est rien de tout cela
C’est un hurlement
Échappé de son ventre
A la vue du soleil
Dressé
Tel un verre de vin
Au-dessus des cimes
Frisées comme des têtes d’enfants
Une immense vigueur
S’était emparée de lui
Avait envahi son corps
De la racine jusqu’aux cheveux
Comme une source
Brûlante
Et il avait laissé le
Flot se répandre
Par sa gorge
Avant de s’affaler
Sur l’herbe encore fraîche
Et mouillée
Un autre jour s’avance
Sur ses épaules
Plonge dans sa chair
Et la triture et la fouaille
De ses mains rudes
Enserre sa poitrine
Dans une poigne plus puissante
Que son propre souffle
«Saleté pourriture de temps
Écailles de merde sur mes yeux»
Marmonne-t-il dans sa barbe
Crasseuse et drue où courent
Les poux et les morpions
Qu’il n’essaie plus d’écraser
Entre ses gros doigts
Usés
Tandis que le monde
S’éveille il s’abandonne
À la réconciliation
Des battements de son cœur
Avec la pulsation de la lumière
Sur les futaies endormies
Et il présage déjà
La courte rumination des heures
Qui le mèneront jusqu’à la
Nuit
Craintive des animaux de la nuit
Ce n’est pas la voix de la brise
Dans les arbres
Ce n’est pas le grondement des
Eaux
Du torrent tout proche ce
N’est rien de tout cela
C’est un hurlement
Échappé de son ventre
A la vue du soleil
Dressé
Tel un verre de vin
Au-dessus des cimes
Frisées comme des têtes d’enfants
Une immense vigueur
S’était emparée de lui
Avait envahi son corps
De la racine jusqu’aux cheveux
Comme une source
Brûlante
Et il avait laissé le
Flot se répandre
Par sa gorge
Avant de s’affaler
Sur l’herbe encore fraîche
Et mouillée
Un autre jour s’avance
Sur ses épaules
Plonge dans sa chair
Et la triture et la fouaille
De ses mains rudes
Enserre sa poitrine
Dans une poigne plus puissante
Que son propre souffle
«Saleté pourriture de temps
Écailles de merde sur mes yeux»
Marmonne-t-il dans sa barbe
Crasseuse et drue où courent
Les poux et les morpions
Qu’il n’essaie plus d’écraser
Entre ses gros doigts
Usés
Tandis que le monde
S’éveille il s’abandonne
À la réconciliation
Des battements de son cœur
Avec la pulsation de la lumière
Sur les futaies endormies
Et il présage déjà
La courte rumination des heures
Qui le mèneront jusqu’à la
Nuit
mercredi 27 mars 2013
Elle disait
Elle disait que ça sentait
La fleur fanée ou la friture
Elle disait que la pluie
Picorait le carrelage
Elle disait que la nuit
Emplissait sa bouche
Comme une bolée
De goudron brûlant
Elle disait que son sang
Pulsait à la vitesse
D’un oiseau fusillé en plein vol
Elle disait que sa langue
Avait le goût de l’éponge
Elle disait que sa voix
Etait une sorte de murène
Qui lui faisait peur
Elle disait que rien
Ne pourrait interdire
A l’obscurité de colmater
Ses multiples orifices
Elle disait que son souffle
Etait iné-
Puisable elle disait
Que jamais jamais jamais
Elle ne laisserait
Le froid l’envahir
La réduire à une poupée
Bourrée de paille
Elle disait qu’on la regardait
Passer dans la rue
Elle disait que les chiens
Aboyaient sur ses talons
Elle disait que les murs
Hurlaient dans son dos
Elle disait : — Je suis folle !
Avant de rire en pleurant
Elle disait qu’elle était
Fatiguée si fatiguée
Elle disait que les rues
Etaient si longues pour ses forces
Elle disait que ça sentait
Depuis toujours la fleur rance
La fleur fanée ou la friture
Elle disait que la pluie
Picorait le carrelage
Elle disait que la nuit
Emplissait sa bouche
Comme une bolée
De goudron brûlant
Elle disait que son sang
Pulsait à la vitesse
D’un oiseau fusillé en plein vol
Elle disait que sa langue
Avait le goût de l’éponge
Elle disait que sa voix
Etait une sorte de murène
Qui lui faisait peur
Elle disait que rien
Ne pourrait interdire
A l’obscurité de colmater
Ses multiples orifices
Elle disait que son souffle
Etait iné-
Puisable elle disait
Que jamais jamais jamais
Elle ne laisserait
Le froid l’envahir
La réduire à une poupée
Bourrée de paille
Elle disait qu’on la regardait
Passer dans la rue
Elle disait que les chiens
Aboyaient sur ses talons
Elle disait que les murs
Hurlaient dans son dos
Elle disait : — Je suis folle !
Avant de rire en pleurant
Elle disait qu’elle était
Fatiguée si fatiguée
Elle disait que les rues
Etaient si longues pour ses forces
Elle disait que ça sentait
Depuis toujours la fleur rance
jeudi 7 mars 2013
Après boire
Sur la table
De la cuisine la nuit
Comme un pain bis
Repose
Attend que les heures
Et les minutes
L’amenuisent
Émiettent
Ses secondes
Et la longue patience
De ses farines figées
Dans les coins d’ombre
Des bêtes
S’agitent sans bruit
Dévorent des bouts
D’obscurité
Alors que les murs
Grignotent l’espace
Centimètre par centimètre
Un poignard de douleur
Fourrage son bas-ventre
Et sa voix
Monte doucement
Comme une chanson
Gracile et monocorde
Vers le plafond
Où des continents
Émergent entre les trous
Du plâtras
De la cuisine la nuit
Comme un pain bis
Repose
Attend que les heures
Et les minutes
L’amenuisent
Émiettent
Ses secondes
Et la longue patience
De ses farines figées
Dans les coins d’ombre
Des bêtes
S’agitent sans bruit
Dévorent des bouts
D’obscurité
Alors que les murs
Grignotent l’espace
Centimètre par centimètre
Un poignard de douleur
Fourrage son bas-ventre
Et sa voix
Monte doucement
Comme une chanson
Gracile et monocorde
Vers le plafond
Où des continents
Émergent entre les trous
Du plâtras
jeudi 28 février 2013
La fuite
Eric frissonna en entrant dans la salle de bains ; il coupait le radiateur pendant la nuit, pour économiser. L’argent manquait depuis qu’il avait été contraint de se replier dans cette maison héritée d’une vieille parente qu’il n’avait même jamais vue, sauf sur une photo défraîchie, et qu’il s’était dépêché d’oublier au fond d'un tiroir. Il avait du mal à appeler maison, ces briques râpeuses dressées autour de quelques mètres carrés d’un terrain pentu, face à une route joignant des champs à une amorce sombre de forêt d'épineux.
Eric se passa de l’eau froide sur le visage, en poussant de petits cris, comme s’il arrachait les derniers lambeaux de sommeil encore accrochés à ses paupières. Il avait dormi sans rêve. Il dormait toujours sans rêve. Il sortit de la salle de bains et regarda par la fenêtre du salon.
Le ciel était d’un blanc opaque, et le soleil invisible. Depuis des semaines, la campagne était engluée dans une sorte de brume collante qui résistait au vent acerbe— une brouillasse qui stagnait avec une hargne tranquille, agrippée à la moindre aspérité, et quand elle semblait devoir s’ouvrir, pareille à une fourrure glacée, elle se densifiait davantage.
«Bordel de pays... Qu’est-ce que je fous ici, sauf me ronger les sangs ? Ces crétins ne viendront jamais me chercher. J’ suis mort pour eux. Et dans quelques mois, je ne serai même plus un souvenir.»
Un vertige soudain le prit durant deux ou trois secondes. D’une main, il dut s’appuyer au mur pour ne pas s’effondrer sur le carrelage malpropre. Il avait faim.
«Je me doucherai plus tard...» pensa-t-il en se dirigeant d’une démarche vacillante vers la cuisine. Là aussi, il faisait froid. Il vérifia que le radiateur était ouvert. Il commençait seulement à chauffer.Le percolateur se mit bientôt à bredouiller. L’odeur du café se répandit à travers la maison, telle une main secourable.
En attendant que le café passe, Eric alla se glisser sous une douche brûlante qui lui mit du rouge sur la peau. Ensuite il se vêtit rapidement pour garder en lui un peu de la chaleur de la douche.
Il n'y avait plus de confiture, juste un fond de beurre dans un pot en plastique. Le pain était un peu sec— il se blessa la gencive, du côté droit, sur une pointe crénelée de la croûte.
«Faut que je me sorte de ce trou !»
Il se leva brusquement de sa chaise, vida le restant de café dans l’évier, rinça la tasse et nettoya le couteau. C’était l’heure de la promenade. Il fit sortir César, le chien, du placard dans lequel il l’enfermait pour la nuit. (Il avait d’abord imaginé le faire dormir sur le lit, auprès de lui, mais il y avait vite renoncé : l’animal était indocile, bruyant, tracassier.) Curieusement, César avait accepté sans trop de problème d’être relégué dans le placard dès que venait l’heure du coucher.
Eric se passa de l’eau froide sur le visage, en poussant de petits cris, comme s’il arrachait les derniers lambeaux de sommeil encore accrochés à ses paupières. Il avait dormi sans rêve. Il dormait toujours sans rêve. Il sortit de la salle de bains et regarda par la fenêtre du salon.
Le ciel était d’un blanc opaque, et le soleil invisible. Depuis des semaines, la campagne était engluée dans une sorte de brume collante qui résistait au vent acerbe— une brouillasse qui stagnait avec une hargne tranquille, agrippée à la moindre aspérité, et quand elle semblait devoir s’ouvrir, pareille à une fourrure glacée, elle se densifiait davantage.
«Bordel de pays... Qu’est-ce que je fous ici, sauf me ronger les sangs ? Ces crétins ne viendront jamais me chercher. J’ suis mort pour eux. Et dans quelques mois, je ne serai même plus un souvenir.»
Un vertige soudain le prit durant deux ou trois secondes. D’une main, il dut s’appuyer au mur pour ne pas s’effondrer sur le carrelage malpropre. Il avait faim.
«Je me doucherai plus tard...» pensa-t-il en se dirigeant d’une démarche vacillante vers la cuisine. Là aussi, il faisait froid. Il vérifia que le radiateur était ouvert. Il commençait seulement à chauffer.Le percolateur se mit bientôt à bredouiller. L’odeur du café se répandit à travers la maison, telle une main secourable.
En attendant que le café passe, Eric alla se glisser sous une douche brûlante qui lui mit du rouge sur la peau. Ensuite il se vêtit rapidement pour garder en lui un peu de la chaleur de la douche.
Il n'y avait plus de confiture, juste un fond de beurre dans un pot en plastique. Le pain était un peu sec— il se blessa la gencive, du côté droit, sur une pointe crénelée de la croûte.
«Faut que je me sorte de ce trou !»
Il se leva brusquement de sa chaise, vida le restant de café dans l’évier, rinça la tasse et nettoya le couteau. C’était l’heure de la promenade. Il fit sortir César, le chien, du placard dans lequel il l’enfermait pour la nuit. (Il avait d’abord imaginé le faire dormir sur le lit, auprès de lui, mais il y avait vite renoncé : l’animal était indocile, bruyant, tracassier.) Curieusement, César avait accepté sans trop de problème d’être relégué dans le placard dès que venait l’heure du coucher.
Le chien n’avait même pas vidé son écuelle. Inutile de lui remettre à manger. D’ailleurs, il trépignait déjà dans le salon, et aboyait en direction de la porte. La promenade était sacrée.
«César !»
La voix d’Eric résonna longtemps, s’éparpillant dans le brouillard comme dans un ventre ; le chien filait droit vers la route ; au large, un camion passa sans que l’on puisse même en discerner la forme ; la vibration du moteur fit trembloter l’air.
«César ! stop !...»
Le chien s’arrêta net. Se retourna, le regarda, un tortillon de vapeur montait par bouffées entre ses mâchoires entrouvertes. Même de loin, sa langue mettait une tache d’un rouge palpitant.
«Si je le laisse courir, il va encore disparaître aux cent mille diables !»
Passée la route, ils continuèrent d’avancer sur les champs enneigés. Le chien trottinait devant, en se dandinant sur l’étroit sentier dont le tracé se distinguait à peine ; de temps en temps, on apercevait quelques éteules sombres qui pointaient dans la neige. Le froid se faisait plus vif, plus acharné, comme décidé à traverser l’épaisseur de la lourde veste et des bottes.
«Pas trop vite, César, pas trop vite.», mais le chien ne semblait rien entendre. Il se retourna une fois, pourtant, puis il reprit à trottiner de plus belle, avant de se mettre à galoper.
«Attends ! César, reviens !» Cette fois, il ne fit même pas mine de s’arrêter— il cavalait dans la neige, s’y perdait jusqu’au poitrail, s’en extirpait d’un bond sans effort, pour bondir plus loin, et s’y enfoncer de nouveau, vigoureux et haletant.
«César !»
Eric sentit sa voix mourir dans sa gorge avec la fragilité d’un oiseau saisi par le gel. Il avait marmonné. César avait poursuivi sa course, déjà englouti par le brouillard. Eric eut un instant de désarroi : tout s’était estompé, tout s’était dissout, jusqu’au sentier qui avait disparu. Il l’avait quitté sans s’en rendre compte, obnubilé par l’idée de ne pas perdre César.
Il cria vers le ciel. Sa voix lui revint en pleine figure. Il cria de nouveau. Sa voix s’égara. Il gueula encore tout ce qu’il put. Le silence seul lui répondit. Exaspéré, dénervé, il se laissa tomber assis— le temps de récupérer son souffle et de marteler sa colère à coups de poing dans la neige. Apaisé, il se remit droit sur ses jambes.
«Putain de clébard, j’aurais jamais dû m’en occuper. J’ suis paumé dans cette merde de brouillard maintenant.»
D’un pas contrarié, il s’avança, trouant l’une après l’autre des couches de neige vierge qui craquetaient sous ses bottes. Il s’avança ainsi pendant quelques minutes, au hasard, quand il s’aperçut soudain que son pas était solide. Il marchait à présent sur une neige dure et patinée. D’instinct, il remonta la route sur sa gauche, dans l’unique froissement de sa respiration. La sueur se figeait à la racine de ses cheveux, se transformant aussitôt en gouttes mortelles.
Il allait d’une bonne foulée. Un panneau confirma qu’il marchait dans la bonne direction. Il lui fallut peu de temps pour arriver en vue de sa maison, tassée en haut de la côte. Il retrouva ses empreintes de tout à l’heure, ainsi que celles de César, plus emmêlées— témoignage de sa fébrilité à gambader et à japper.
César l’attendait sur le seuil, lové sur le paillasson, le museau posé entre ses pattes. Eric s’approcha. «T’es là, toi ?... T’as retrouvé ton chemin, espèce de salaud...»
Le chien eut un piaulement, leva la tête vers lui, révélant qu’entre ses pattes épaisses, un lapin déformé par la myxomatose, reposait, souillé de sang, et l’œil affolé. En le voyant, Eric eut d’abord un mouvement de recul. La seconde d’après, il essaya de tendre une main vers le lapin, mais le grognement coléreux de César l’en dissuada. Alors, lentement, comme s’il fuyait, il recula vers la pente, tandis que César, avec une espèce de tranquille fermeté, se mettait à mâchonner sa proie.
«César !»
La voix d’Eric résonna longtemps, s’éparpillant dans le brouillard comme dans un ventre ; le chien filait droit vers la route ; au large, un camion passa sans que l’on puisse même en discerner la forme ; la vibration du moteur fit trembloter l’air.
«César ! stop !...»
Le chien s’arrêta net. Se retourna, le regarda, un tortillon de vapeur montait par bouffées entre ses mâchoires entrouvertes. Même de loin, sa langue mettait une tache d’un rouge palpitant.
«Si je le laisse courir, il va encore disparaître aux cent mille diables !»
Passée la route, ils continuèrent d’avancer sur les champs enneigés. Le chien trottinait devant, en se dandinant sur l’étroit sentier dont le tracé se distinguait à peine ; de temps en temps, on apercevait quelques éteules sombres qui pointaient dans la neige. Le froid se faisait plus vif, plus acharné, comme décidé à traverser l’épaisseur de la lourde veste et des bottes.
«Pas trop vite, César, pas trop vite.», mais le chien ne semblait rien entendre. Il se retourna une fois, pourtant, puis il reprit à trottiner de plus belle, avant de se mettre à galoper.
«Attends ! César, reviens !» Cette fois, il ne fit même pas mine de s’arrêter— il cavalait dans la neige, s’y perdait jusqu’au poitrail, s’en extirpait d’un bond sans effort, pour bondir plus loin, et s’y enfoncer de nouveau, vigoureux et haletant.
«César !»
Eric sentit sa voix mourir dans sa gorge avec la fragilité d’un oiseau saisi par le gel. Il avait marmonné. César avait poursuivi sa course, déjà englouti par le brouillard. Eric eut un instant de désarroi : tout s’était estompé, tout s’était dissout, jusqu’au sentier qui avait disparu. Il l’avait quitté sans s’en rendre compte, obnubilé par l’idée de ne pas perdre César.
Il cria vers le ciel. Sa voix lui revint en pleine figure. Il cria de nouveau. Sa voix s’égara. Il gueula encore tout ce qu’il put. Le silence seul lui répondit. Exaspéré, dénervé, il se laissa tomber assis— le temps de récupérer son souffle et de marteler sa colère à coups de poing dans la neige. Apaisé, il se remit droit sur ses jambes.
«Putain de clébard, j’aurais jamais dû m’en occuper. J’ suis paumé dans cette merde de brouillard maintenant.»
D’un pas contrarié, il s’avança, trouant l’une après l’autre des couches de neige vierge qui craquetaient sous ses bottes. Il s’avança ainsi pendant quelques minutes, au hasard, quand il s’aperçut soudain que son pas était solide. Il marchait à présent sur une neige dure et patinée. D’instinct, il remonta la route sur sa gauche, dans l’unique froissement de sa respiration. La sueur se figeait à la racine de ses cheveux, se transformant aussitôt en gouttes mortelles.
Il allait d’une bonne foulée. Un panneau confirma qu’il marchait dans la bonne direction. Il lui fallut peu de temps pour arriver en vue de sa maison, tassée en haut de la côte. Il retrouva ses empreintes de tout à l’heure, ainsi que celles de César, plus emmêlées— témoignage de sa fébrilité à gambader et à japper.
César l’attendait sur le seuil, lové sur le paillasson, le museau posé entre ses pattes. Eric s’approcha. «T’es là, toi ?... T’as retrouvé ton chemin, espèce de salaud...»
Le chien eut un piaulement, leva la tête vers lui, révélant qu’entre ses pattes épaisses, un lapin déformé par la myxomatose, reposait, souillé de sang, et l’œil affolé. En le voyant, Eric eut d’abord un mouvement de recul. La seconde d’après, il essaya de tendre une main vers le lapin, mais le grognement coléreux de César l’en dissuada. Alors, lentement, comme s’il fuyait, il recula vers la pente, tandis que César, avec une espèce de tranquille fermeté, se mettait à mâchonner sa proie.
jeudi 21 février 2013
Une maison vide dans l'estomac
Mon nouveau recueil de poésie s'intitule "Une maison vide dans l'estomac".
Ce quatrième recueil est publié aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
Il sera disponible en librairie à partir du 04 mars.
Ce quatrième recueil est publié aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
Il sera disponible en librairie à partir du 04 mars.
mercredi 13 février 2013
L'anneau de Moëbius
Cette même route
Ce même horizon
De collines la longue
Échine brisée de l’aqueduc
L’écho d’une voix
Coléreuse les flammes
D’un incendie jamais
Étouffé sous les assauts
Des sacs de jute
Il avait rêvé sa vie
Avec la ténacité
D’un insecte il avait
Crapahuté par mots
Par vaux il avait
Jeté au vent tracé dans
La poussière des chemins
Des syllabes et des visages
Esquissé des bouches
Dessiné des signes
Qu’il ne comprenait pas
Il avait engrossé
Sa mémoire et son corps
D’une interminable noria
De souvenirs
Il ne lui restait
De tout cela qu’un soleil
D’hiver rebondissant
Sur des oranges pleines
Un citronnier ravagé
Par la pluie
Quelques neiges improbables
Sur le sommet des montagnes
De lave
Et quelque vague remuement
De langues dans une chair
Étrangère
Dont les parfums et les humeurs
Le remettaient au monde
Ce même horizon
De collines la longue
Échine brisée de l’aqueduc
L’écho d’une voix
Coléreuse les flammes
D’un incendie jamais
Étouffé sous les assauts
Des sacs de jute
Il avait rêvé sa vie
Avec la ténacité
D’un insecte il avait
Crapahuté par mots
Par vaux il avait
Jeté au vent tracé dans
La poussière des chemins
Des syllabes et des visages
Esquissé des bouches
Dessiné des signes
Qu’il ne comprenait pas
Il avait engrossé
Sa mémoire et son corps
D’une interminable noria
De souvenirs
Il ne lui restait
De tout cela qu’un soleil
D’hiver rebondissant
Sur des oranges pleines
Un citronnier ravagé
Par la pluie
Quelques neiges improbables
Sur le sommet des montagnes
De lave
Et quelque vague remuement
De langues dans une chair
Étrangère
Dont les parfums et les humeurs
Le remettaient au monde
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